Lumen : L’auberge (III)

Posté par Moon le 1 novembre 2012

J’ai du mal à assimiler ce qu’elle vient de dire. Lorsque je le réalise enfin, sa main s’est refermée sur la poignée de l’épée et elle glisse déjà hors de son fourreau. Je cherche désespérément quelque chose à dire pour l’empêcher de me tuer, mais ma tête reste vide, comme si toutes mes pensées avaient été aspirées dans un trou noir. Non ! Je ne peux pas mourir comme ça ! Pas maintenant. Mais que faire ? Aucun éclair de génie ne me traverse l’esprit. Rien. La supplier ne servirait qu’à exacerber son mépris, je le sais. Je ne peux pas me dégager, elle est trop forte. Le désespoir m’envahit.

« Rien ? Tss. Vraiment, ta platitude bat des records à chaque seconde… Bien, il est temps d’en finir. De toute façon, tu aurais dû mourir il y a déjà dix bonnes minutes. Et puis la mort t’apprendra à refuser l’entrée de Solis dans une auberge. »

Son bras s’écarte, prêt à se rabattre mortellement vers ma gorge. Je ferme les yeux, mais les rouvre aussitôt. Je ne peux pas attendre la lame glacée sans la voir.

J’attends sa morsure lorsque tout à coup, l’elfe me lâche brusquement. Je m’effondre à terre et reste quelques secondes par terre, hébété, sans comprendre. Lorsque je relève la tête, je saisis ce qui a poussé mon ex-futur-assassin à me laisser tomber.

A ma gauche, l’elfe. A ma droite, un nouveau bandit, qui tient solidement l’écureuil dans sa main gauche et, de la droite, plaque une dague contre le flanc du rongeur terrorisé. Le malfrat a dû assister à toute la scène puisqu’il ne semble pas se préoccuper le moins du monde de moi, ayant compris que je ne représente aucun danger.

« Tiens, tu fais moins le malin tout à coup… »

Ah, par contre il n’a pas saisi que son adversaire était une fille.

« On dirait que tu tiens beaucoup à cette petite chose, poursuit-il en désignant l’écureuil. Vois-tu, moi-même je tenais beaucoup à ceux que tu viens de tuer. Ce n’est pas que mes compagnons aient été très futés, mais au moins ils me permettaient de manger tous les soirs. J’ai bien envie de t’apprendre les bonnes manières en tuant cette charmante petite bête… Mais peut-être que je l’épargnerai si tu déposes bien gentiment cette épée au sol et que tu me donnes le contenu de ta bourse. »

Il avance lentement vers l’elfe et me dépasse. Oui… Il ne me porte vraiment aucun intérêt. Je ne peux voir l’expression de la jeune fille, ses traits sont dissimulés par sa capuche. Je ne sais pas comment elle va réagir. En revanche, je peux voir une chose : le bandit me tourne maintenant le dos, et j’ai une occasion en or de le neutraliser, ou bien de m’enfuir. Quelle option l’imbécile que je suis choisit-il ? La première, bien sûr.

Je me relève aussi silencieusement que possible. L’elfe, de son côté, semble plus tenir à l’écureuil qu’à sa bourse. Elle dépose lentement son épée au sol. Et c’est moi l’idiot de service ? Il va vous tuer, toi et l’écureuil, après t’avoir délesté de ton or, espèce de gourde !

Je dois faire vite. Je m’approche du grand méchant du moment et saisit son bras armé, lui tordant violemment le poignet dans le dos. Heureusement, je le surprends, sans quoi il aurait probablement résisté. Je remercie ma bonne étoile lorsque la dague heurte le sol avec un bruit métallique.

« Que… , commence l’homme, mais déjà l’elfe a ramassé son épée, bondi et lui tranche proprement la gorge. Enfin, proprement, façon de parler. Je m’écarte avec une expression de dégoût lorsque le sang jaillit à flot de la blessure.

L’écureuil fait de même et rejoint l’épaule de sa maîtresse, qui essuie sa lame sur la tunique du mort. Sympathique usage post-mortem : torchon.

Je jette un coup d’œil rapide à la ruelle inondée d’immenses flaques sombres et pleine de cadavres. A l’avenir, s’il y en a un : se souvenir de ne pas fréquenter d’elfe.

Pour ce qui est de mon futur, je vais vite être fixé : la fille se relève et se dirige vers moi. Je fais un pas en arrière.

« J’allais te tuer. Tu as sauvé Solis. Disons que nous sommes quittes. Adieu, donc. »

Puis elle se retourne, quitte la ruelle d’un pas vif et disparaît dans l’obscurité. Comme ça.

Je reste quelques instants sans bouger et je tente de remettre mon esprit en route, tâchant d’aligner deux pensées cohérentes. Réflexion faite, je n’ai plus rien à faire ici. Et puis cette rue sanglante… Il vaudrait mieux qu’on ne m’y trouve pas. Je m’éloigne donc à mon tour.

Tandis que je me dirige lentement vers l’auberge, une pensée me traverse : jamais je ne pourrais raconter cela. Qui me croirait ?

 

Je suis presque arrivé, je suis à deux rues de l’auberge. Je crois me trouver dans un cauchemar lorsque j’entends pour la deuxième fois de la soirée une voix dans l’ombre murmurer :

« Alors petit, on s’est perdu ? »

La lame brille d’un éclat sinistre dans le noir tandis que l’homme s’approche avec un sourire triomphant.

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Lumen : L’auberge (II)

Posté par Moon le 7 février 2012

La silhouette se glisse dans des ruelles tortueuses, sombres. La pâle lueur de la lune disparaît peu à peu, voilée par d’épais nuages. Je frissonne en pensant à ceux qui peuvent être tapis dans l’ombre, à tous les coins de rue, prêts à bondir. Des voleurs, des assassins, prêts à tout pour quelques pièces. Ce quartier n’est pas un endroit où sortir la nuit. Qu’est-ce qui m’a pris de quitter l’auberge ? Je maudis ma curiosité intenable, mais ne parviens pas à me résigner. Je veux savoir qui est cette personne et pourquoi elle est sortie en pleine nuit. Personne de sensé ne risquerait sa vie dans ce coupe-gorge sans une bonne raison… ou une bonne lame pour se défendre.

L’ombre se dirige visiblement vers le quartier des artisans. Je la supplie mentalement d’accélérer : plus vite nous y serons, moins nous serons exposés au danger. Elle semble entendre ma prière, car elle change soudain de rythme, courant presque. M’a-t-elle repéré ?

Elle va si vite que j’ai du mal à la suivre, ne la distinguant presque plus dans les ténèbres de la cité tant elle a d’avance sur moi. Elle tourne à un croisement, tourne encore… Et ce que je craignais finit par arriver : je la perds de vue. J’ai beau tourner la tête à droite et à gauche, je dois me rendre à l’évidence, elle m’a semé. Je la cherche encore quelques temps dans les rues avoisinantes, mais peine perdue. Il ne me reste plus qu’une chose à faire : rentrer.

Je m’apprête à rebrousser chemin, entrant dans une petite ruelle à peine assez large pour laisser passer deux personnes, quand j’entends des pas devant moi. Une silhouette encapuchonnée ne tarde pas à sortir de l’ombre, un objet scintillant à la main. Je n’ai pas besoin d’explication pour comprendre que c’est un bandit et que ce qu’il porte est une dague. Je distingue la lueur que renvoient ses dents éclatantes lorsqu’il sourit.

« Alors, petit, on s’est perdu ? »

C’est à peine un chuchotement qui sort de ses lèvres, mais il brise le silence de la nuit. Mon sang se glace. Je ne dis rien. L’homme s’approche lentement de moi, sa lame décrivant des arcs de cercle mortels dans l’air. Je ne respire plus. Je fais un pas en arrière, puis deux.

« Tss, tss. C’est impoli de ne pas répondre, mon garçon. »

Je veux me retourner, m’enfuir le long de la ruelle. Une main gantée de cuir se posant sur mon épaule me fait sursauter et coupe court à tout échappatoire. Je sursaute. La sueur qui coule dans mon dos se refroidit d’autant plus quand le deuxième bandit me ceinture et plaque sa lame glacée sur ma gorge. Je ne peux plus faire le moindre geste. J’ai l’impression que je vais mourir de peur avant même qu’ils ne m’assassinent.

« Alors, me susurre le deuxième homme à l’oreille, qu’as-tu pour nous ? »

Je sens son souffle fétide sur mon cou. Je ne réponds pas. La pression de la dague se fait plus forte.

« Tu as perdu ta langue ? Oh, ne t’inquiètes pas si tu ne peux nous indiquer ce que tu possède. Mon ami ici présent se fera une joie de te fouiller. »

Le premier a seulement fait trois pas vers moi quand j’entends le bandit qui me tient pousser un hurlement. La lame qu’il tenait plaquée sur ma gorge quitte son poste pour venir fouetter l’air derrière lui. Second hurlement. J’ai à peine le temps de distinguer une troisième ombre et le sang qui coule des deux plaies ouvertes du bandit gisant à terre, quand je vois du coin de l’œil le premier se jeter sur moi. J’évite sa lame au dernier moment. Pris dans son élan, il perd un instant précieux pour se retourner. Trop tard : mon mystérieux sauveur met cette fraction de seconde à profit pour lui trancher la gorge dans un bruit peu ragoûtant. Écoeuré, je détourne la tête.

Quand je regarde à nouveau vers la silhouette, je m’aperçois qu’il s’agit de l’inconnu que je filais. Je m’apprête à le remercier, mais il ne m’en laisse pas le temps. Pour la deuxième fois de la journée, je me retrouve plaqué contre un mur par une poigne à laquelle je commence à m’habituer. Les blessures dans mon dos, oubliées le temps de l’aventure, me rappellent douloureusement leur existence. L’elfe a retiré sa capuche entre-temps et je peux à nouveau admirer son visage fin et ses mèches couleur de lune, bien que ce ne soit pas vraiment le moment.

Elle penche légèrement la tête de côté, me dévisage longuement et finit par lâcher :

« Toi alors, tu es têtu. Les humains sont peut-être plus courageux que je ne pensais. Ou alors… Inconscients. Je peux savoir pourquoi tu me filais ? »

Cette fois, ce n’est pas de la haine que j’entends dans sa voix chantante. Plutôt de l’agacement, mais mêlé d’un peu d’intérêt. Je n’ose pas me l’avouer, mais cela me ravit. Quand j’ouvre la bouche pour répondre, je m’aperçois que je n’ai aucune autre raison de l’avoir filé que la curiosité.

« Je… Je ne sais pas. Par… curiosité. »

Je n’arrive pas à endiguer ce maudit balbutiement, et ma voix tremble. L’elfe a un rire bref.

« Tu risques ta vie dans ce que je sais à présent être un coupe-gorge par curiosité ? Les humains sont donc encore plus stupides que je ne croyais. Décidément, mon garçon, tu ne donnes pas une image très flatteuse de ton peuple.

« Que vais-je bien pouvoir faire de toi ? … Tu m’agaces. Je ne t’ai sauvé que pour savoir qui tu étais, et parce que je désapprouve ce genre de… métier, dit-elle avec un regard méprisant pour les deux cadavres. Sans moi, tu serais déjà mort. Disons que tu as simplement gagné quelques minutes supplémentaires… »

Déjà, elle approche la main qui tient encore l’épée et la place contre ma gorge.

« Une dernière chose à dire ? »

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Fahd & Tidus : L’épave.

Posté par Moon le 4 février 2012

L’énorme forme blanche trouait la perfection de la plage, brisant son uniformité. Une moitié de la machine titanesque était encore plongée dans les eaux noires dont les vagues venaient se briser sur la coque avec fracas. L’autre partie était échouée sur la plage, barrant le passage à d’improbables promeneurs. 
Fahd ralentit le pas et retint son souffle. C’était la deuxième fois qu’il voyait l’épave, mais elle l’impressionnait toujours autant. Le titan surgi de la mer faisait bien une quarantaine de mètres de long, pour une dizaine de large. Jamais on n’avait vu un si grand bateau dans le port de C. 
Le garçon arriva devant l’épave et balaya les environs du faisceau de sa torche, cherchant Tidus. Celui-ci l’avait toujours battu à la course, et n’avait pas failli à sa réputation ce soir-là. Il devait être là depuis bien longtemps. Mais Fahd eut beau éclairer tout ce qu’il pouvait, il resta invisible. 
« Tidus ? Eh ! T’es où ? C’est pas drôle, reviens ! »
Sa voix était presque entièrement couverte par les roulements des vagues. 
Il doit être à l’intérieur…
Le garçon entreprit un tour du bateau, cherchant une échelle ou quoi que ce soit qui lui permette de grimper sur le pont. La peur commençait à lui nouer le ventre, mais il se raisonna. Tidus lui faisait sûrement une mauvaise blague, n’attendant qu’un seul signe de frayeur de sa part pour surgir de l’ épave et se moquer de lui. 
Il passa devant la proue, dépourvue de la moindre décoration, où seul le nom du bateau était peint : Queen Anne’s Revenge. Fahd fut incapable de comprendre l’inscription. Il lui sembla que c’était de l’anglais, mais il n’en était pas sûr. Il mémorisa les trois mots, se promettant de chercher leur sens le lendemain. Outre les lettres tracées à la peinture et quelques éraflures probablement dues à des rochers, le navire était d’une blancheur parfaite. 
Il poursuivit son exploration à bâbord. Là, il découvrit enfin des barreaux installés à même la coque : ceux que l’on utilisait pour monter dans les canots. Du moins c’est ce qu’il avait lu dans les vieux livres de ses parents. 
Il saisit le premier barreau, coinça la lampe à sa ceinture et commença son ascension. 

Le pont était encore en bon état. Il était constitué d’un parquet de bois sombre, parfaitement verni. Fahd n’avait jamais marché sur un sol aussi luxueux. D’où pouvait bien venir ce navire ? Il fit un tour sur lui-même, constata que l’ossature du bateau était fait d’une matière solide. Il ne su déterminer laquelle, mais elle était assurément d’une qualité supérieure à tout ce qu’il avait jamais pu voir. Comment un si beau yacht avait-il échappé au démantèlement ? Les matériaux qu’il entrevoyait à la lueur de la lune valaient une fortune. Il n ‘avait tout de même pas pu errer en mer depuis l’époque des Inconscients. Depuis… 60 ans ? Mais c’était la seule réponse possible. La simple existence de l’épave était incroyable. 
A ce propos…
Fahd se dirigea vers ce qu’il pensait être l’avant du bateau. Il y trouverait sûrement la salle de pilotage, où il espérait trouver des informations sur l’état du yacht. Après tout, il n’avait pas vu de trou dans la coque extérieure. Peut-être pouvait-il encore naviguer ? Le garçon eut soudain un espoir fou. Et… Et s’ils pouvaient quitter la ville ? Tidus emmènerait Cid, bien sûr. Mais lui… Rien ne le retenait à la cité. Il détestait ses parents, qui, en compagnie d’autres Savants, dirigeaient la cité d’une main de fer, supervisant de loin les opérations de fouilles du dépôt et de l’utilisation des matériaux. Il était presque sûr qu’ils n’avaient jamais vu l’état du dépôt et les conditions de vie de ceux qui y travaillaient. Lui savait. Un frisson le parcourut lorsqu’il se remémora les visages pâles, salis, aux cernes violacées et aux joues creuses. Les visages d’hommes et de femmes vaincus par la vie. Même les enfants paraissaient presque morts, entourés d’un paysage fait d’ordures pourrissantes et de morceaux de fer rouillés. Il se rappela les mains déchirées, sanglantes, coupées par le verre qui traînait dans les monceaux de restes qu’il fallait fouiller. Pourtant, ces gens arrivaient à sourire, à se réjouir ensemble, le soir venu. Tidus faisait partie de ceux qui les aidaient garder encore espoir, ces enfants qui malgré leurs mains et leurs pieds blessés, continuaient à jouer, à rire et à danser autour des feux de la veillée. Tidus, lui qui voulait à tout prix changer d’existence. C’est lui qui avait entraîné Fahd dans son rêve : prendre la mer. Et c’était lui qui avait trouvé cette épave. Peut-être avait-il en ce moment la même pensée que son ami. Peut-être les voyait-il déjà, à trois, voguant sur les sept mers, les cheveux fouettés par le vent, fièrement dressés sur le pont du yacht, défiant la terre entière de les arrêter…
Fahd revint à la réalité en entendant un grand bruit venir de l’avant du bateau. Il ralluma sa lampe et se précipita vers l’endroit, ses chaussures martelant le parquet ouvragé. Au bout du pont, une porte avec un hublot. Il s’approcha de la vitre et poussa un soupir de soulagement en voyant Tidus, accroupi sur la moquette de ce qui devait être la salle de pilotage, ramassant les immenses cartes qu’il avait fait tomber de leurs étagères avec des jurons. 
Il saisit la poignée et pénétra dans la salle. Son ami avait allumé la lumière. Un miracle qu’il y ait l’électricité sur le bateau. Un générateur ? Décidément, le yacht n’avait pas fini de le surprendre. Il parcourut la pièce en forme de D du regard. Des étagères couvertes de cartes soigneusement pliées couvraient le seul mur droit. Tout était étiqueté, en ordre, sauf à l’endroit où Tidus avait fait tomber une pile de documents. En face des bibliothèques se trouvait le poste de pilotage proprement dit : des vitres donnaient sur l’extérieur, couvrant toute la courbe du D jusqu’aux deux portes opposées qui donnaient sur le pont, respectivement à bâbord et à tribord. En dessous des vitres se trouvaient d’innombrables machines que Fahd n’avait jamais vu. A première vue, elle semblaient en état de fonctionner. Des voyants éteints partout, diverses barres de contrôle, des boutons… La seule chose qu’il pouvait reconnaître était le volant, bien en évidence, au centre des commandes. L’espoir du départ se fit encore plus fort, bien que le garçon tente de le réprimer pour éviter une déception trop forte.
« Eh bah, t’en as mis, du temps ! »
Il se retourna vers Tidus. 
« Oui, ça va… Tu sais bien que la course, c’est pas mon truc. En plus, t’es parti en avance, tricheur !
- Qui est-ce que tu traites de tricheur ?! »
Tidus fit mine de le boxer en prenant un air faussement énervé. Ils rirent tous les deux puis redevinrent sérieux. 
« Alors, l’Intello, d’après toi, il fonctionne, ce navire ? 
- Eh bien… Il a l’air. Mais je n’y connais pas grand-chose, à vrai dire. On pourrait toujours essayer ! Le premier problème, c’est surtout qu’il est échoué dans le sable.
- Il faut réfléchir à un moyen de le sortir de là, et ensuite… A nous la liberté ! Mais attention : on ne tente rien tant que mon frère n’est pas à bord !
- Alors on peut démarrer. »
Stupéfaits, les deux garçons se retournèrent vers la porte tribord. Un gamin d’à peine quatre ans s’y tenait, la poignée encore dans sa main tendue vers le haut. C’était lui qui venait de prononcer ces mots de sa voix enfantine. Cid. 

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Fahd & Tidus : L’éveil.

Posté par Moon le 4 février 2012

L’enfant, assis au fond de la caverne, se recroqueville encore un peu sous le souffle du titan. La bête écailleuse approche son énorme tête du minuscule corps, humant l’odeur humaine, cette odeur qu’il n’a plus sentie depuis si longtemps. Des souvenirs, vestiges d’époques glorieuses, effleurent la surface de sa mémoire, tels des poissons hésitant à bondir au-dehors. Mais le dragon ne parvient pas à se remémorer les évènements qui l’ont conduit à ce qu’il est à présent. Furieux, il rugit, faisant trembler les parois de la grotte. Un jet de flammes, aussi puissant qu’est sa colère, jaillit de sa gorge, touchant presque l’enfant, qui gémit. Le colosse dévoile les dents acérées de sa gueule et s’approche de lui, prêt à détruire la source de son désespoir…

Fahd se réveilla en sursaut, la peur au ventre. Une sueur froide perlait à son front, comme à chaque fois qu’il faisait ce cauchemar. Que devenait l’enfant ? Il n’avait jamais pu rêver plus loin que le moment où le dragon…
Un coup contre la vitre interrompit le cours de ses pensées. C’était sûrement Tidus. Le jeune garçon arracha les couvertures et bondit hors de son lit. S’approchant de la fenêtre en veillant à ne pas faire craquer les lattes du parquet, il scruta la pénombre de la rue, à peine éclairée par un vieux lampadaire bancal, seul vestige du temps où la mairie s’occupait encore du quartier. Il finit par dénicher son ami, dissimulé derrière les buissons de ronces qui poussaient sur la route abandonnée. Celui-ci lui fit signe de le rejoindre en bas.
Fahd se précipita sur sa veste et ses chaussures, qu’il enfila à la hâte avant de courir vers la fenêtre. Avant de descendre, il prêta l’oreille, inquiet, au cas où ses parents l’auraient entendu. Mais aucun bruit ne lui parvint depuis leur chambre. Il ouvrit la fenêtre, saisit la gouttière en fer blanc et se laissa glisser vers le sol et vers la liberté.

Mais bon sang, quand va-t-il arriver ? Ca fait bien deux bonnes minutes que j’ai jeté cette pierre ! Est-ce que je cogne à nouveau ? Mais… Et si je casse la vitre ? Et si ses parents l’entendent ? Oh, zut ! Allez, Fahd, dépêche-toi !
Tidus lâcha un soupir de soulagement en voyant la fenêtre s’ouvrir enfin. Il attendit que son ami le rejoigne derrière les buissons pour lui lancer :
« Bah alors, mon vieux ? Qu’est-ce que tu fabriquais ?
– Hey ! Je devais bien vérifier que les parents n’avaient rien entendu, rétorqua Fahd.
– Mouis. Maintenant, en route ! »
Tidus tira deux lampes de sa poche et en tendit une à son ami. Ils en auraient besoin pour la suite de leur escapade.
Les deux garçons s’éloignèrent de la maison en échangeant les nouvelles de la journée. Tidus avait à nouveau dû travailler tout le jour au dépôt, pour trouver de quoi nourrir son jeune frère. Fahd, un peu gêné, lui raconta sa propre journée, qui n’avait rien d’aussi dur. Il avait toujours honte lorsqu’il parlait de ce genre de choses avec son ami : lui faisait partie d’une des familles privilégiées qui possédaient encore l’eau courante et l’électricité, et dans lesquelles les enfants apprenaient. Les futurs dirigeants de la ville. Tidus, au contraire, vivait dans un taudis, dans l’un des quartiers délabrés de la cité. Son père était mort de maladie deux ans plutôt, et il devait subvenir seul à ses besoins et à ceux de Cid, son petit frère à peine âgé de 4 ans.
Ils marchèrent durant vingt bonnes minutes et finirent par arriver à destination. La plage leur faisait face, ses étendues de sable balayées par le vent. Le rugissement de l’océan à quelques mètres d’eux était grisant. Fahd passa la langue sur sa main : sa peau était déjà délicieusement salée par les embruns.
« On y va ? demanda-t-il en se tournant vers Tidus.
– On y va. »
Le garçon lui lança un clin d’œil avant d’allumer sa lampe et de dévaler la pente sablonneuse. Fahd lui courut après, ses pieds s’enfonçant dans le sol.
« Eh ! Attends ! »
Un rire s’échappa dans la nuit, suivi d’un : « Le premier arrivé à l’épave a gagné ! »
Fahd vit le faisceau de la lampe de Tidus s’éloigner à toute vitesse le long de la plage. Il alluma sa propre torche et s’élança à sa poursuite. Il ne se laisserait pas faire comme ça.

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Lumen : L’auberge.

Posté par Moon le 4 février 2012

« Gadjil ! Une bière pour la quatre ! »
Le patron me sonne encore. Je soupire en réajustant mon tablier. Plus que deux heures à tenir, et mon service sera terminé. Et dans trois mois, basta ! Je quitte ce bar miteux et l’horrible ville dans laquelle il est situé. J’irai m’installer à la campagne, je posséderait mes terres et je…
« Gadjil ! Mais qu’est-ce que tu fous, bon sang ?! »
Bon, en attendant la liberté, je me précipite dans la salle bruyante, devant le bar, pour saisir la chope débordante de mousse que me tend Hélios. Je manque de m’étaler par terre en me dirigeant vers la table quatre, tant le sol est glissant. Les habitués ont encore mis de la bière partout, je fais devoir faire le ménage à la fermeture… Je me surprends à maudire tous ces buveurs qui jouent aux cartes en hurlant de rire, du matin au soir.
En posant la commande sur la table, je remarque le client. La cliente, en fait. C’est plutôt rare. La taverne est située dans un quartier louche, dans le genre coupe-gorge, et les femmes aussi frêles que celle-ci se déplacent accompagnées et évitent les lieux de beuveries comme celui-ci, bourré d’ivrognes agressifs.
Elle cache son visage sous une cape de cuir, mais je peux voir une oreille pointue dépasser de la capuche. Quelques mèches argentées dépassent également. Une elfe. Je m’apprête à lui demander ce qu’elle fait ici mais le patron me rappelle déjà pour servir une autre table.
En passant prendre les chopes mousseuses, je lui glisse ce que j’ai vu à la table quatre.
« Tiens ? Une elfe ? Eh bah, j’te déconseille d’essayer de leur faire la conversation, à ceux-là. Ils sont snobs, c’t’incroyable ! grogne-t-il. Contente-toi de les servir. Pour eux, nous n’sommes que des inférieurs ! » Il appuie ses propos d’un crachat derrière le bar. Je ne fais aucun commentaire mais je continue de l’observer pendant que je sers les autres clients. Un drôle d’écureuil l’accompagne. Je n’en ai jamais vu de tels dans la région. Peut-être vient-il des forêts de Lizangard.
A aucun moment de la soirée elle ne retire sa capuche. Mystérieuse, ça, pour sûr.

Alors que je débarasse les dernières tables aussi vite que possible pour monter me coucher, je l’aperçois qui se dirige vers le comptoir. C’est la dernière personne présente dans l’immense salle. Etonné, je m’approche. Elle a ôté sa capuche, et ses traits fins ne me laissent pas insensible… Je chasse ces pensées en secouant la tête.
« Vous êtes encore là, Damoiselle ?
-Oui. Je voudrais une chambre pour la nuit, dit-elle de la voix douce, cristalline qui caractérise les elfes.
-Heu… Ou… Oui. Tout de suite. »
Je me précipite vers le registre, saisissant la plume déposée à côté du gros livre rongé par le temps.
« Combien de nuits resterez-vous ? dis-je en tâchant de ne pas bafouiller.
-Une seule. »
Je frémis en entendant à nouveau la voix chantante. Je n’ose pas me l’avouer, mais je suis déçu. J’aurais préféré qu’elle reste plus longtemps. Que je puisse admirer en cachette, de loin, la divine beauté des elfes.
Je note rapidement les informations sur le registre, puis je saisis une clef sur le tableau de bois derrière le comptoir.
« Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer votre chambre… » dis-je en indiquant les escaliers.

C’est seulement une fois au milieu des marches, dans le couloir, que je me souviens de l’écureuil. Il est tranquillement assis sur l’épaule de sa maîtresse.
« Euh… , j’hésite en sentant son regard d’argent posé sur moi. Nous… Nous n’acceptons pas les animaux dans l’enceinte de l’établissement.
- Solis n’est pas un simple animal, lâche-t-elle d’un ton sec. Son regard s’est instantanément refroidi. Désormais, elle ne cache plus son mépris pour les humains.
- Je… Peut-être, mais… »
Je pense un instant à laisser monter la créature avec sa maîtresse, mais j’imagine sans mal la raclée que je recevrai du patron. Non, je ne peux pas. Il serait même capable de me mettre à la porte.
« Je suis désolé, Damoiselle, dis-je d’une voix qui se veut ferme, mais je ne peux le laisser dormir dans la chambre. »
Son regard devient encore plus froid. Sans un mot, elle avance. Avant que j’ai eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait, je me retrouve plaqué contre le mur, maintenu à dix centimètres du sol par une poigne de fer. La pierre du couloir me râpe le dos.
« Ecoute-moi bien, misérable larve d’humain, siffle-t-elle, son visage à quelques centimètres du mien. Tu es plus un animal que Solis ne le sera jamais. Alors laisse-le passer, dormir à mes côtés. Fous-lui la paix. Et peut-être, je dis bien peut-être que cette lame ne te tranchera pas la gorge. »
Elle désigne l’épée pendue à sa ceinture tandis qu’elle parle. Un léger accent elfique apparaît dans sa voix sous l’effet de la colère. Terrorisé, je ne peux qu’hocher la tête. Après un dernier regard où se mêlent mépris, haine et colère, elle me lâche, m’arrache la clef de la chambre des mains et monte l’escalier. L’écureuil juché sur son épaule se tourne une dernière fois vers moi et me lance un regard malicieux, un regard triomphant.
Je reste là, dans le couloir, encore tremblant, sans pouvoir rien faire d’autre que de voir sa silhouette se fondre dans la pénombre du couloir menant à l’étage.
Je me tourne et me retourne dans mon lit, incapable de dormir. Je grimace en passant la main dans mon dos. Les pierres du mur l’ont déchiré en plusieurs endroits. La douleur n’est arrivée qu’après, bien après que l’elfe m’ait lâché. À présent, elle arrive par vagues de plus en plus fortes. Impossible de fermer l’œil. 
Finalement, je décide de descendre aux cuisines pour manger quelque chose et lire. Tout plutôt que de rester là, et tant pis si le patron me surprend.
Je me lève donc, saisis mes chaussures et enfile ma veste. C’est qu’il fait froid, dans cette taverne ! J’attrape une chandelle, je l’allume et je me glisse à pas de loup dans le couloir, rasant les murs en direction de la cuisine.
Assis à la table, partagé entre un traité sur l’herboristerie et une tranche de pain, je me sens enfin en paix. Seul mon dos en feu vient rompre de temps à autre ma quiétude par une douleur lancinante. A la faible lueur de la chandelle, je suis en train de lire un paragraphe sur les digitales pourpres lorsque j’entends la porte de derrière, séparée de la cuisine par un mur peu épais, s’ouvrir. Je sursaute et lâche le pain. Qui peut bien vouloir sortir par cette nuit froide ? J’hésite à aller voir. Le temps que je me lève, que je fourre le pain dans ma poche et que je prenne la chandelle, j’entends la porte se refermer. 
Je me précipite dans le couloir, puis vers ladite porte ; en l’ouvrant, j’essaye de faire le moins de bruit possible. Peine perdue. Elle grince, comme elle l’a toujours fait, d’ailleurs. Le patron n’huile jamais les portes de l’auberge. J’ai voulu lui signaler, une fois, mais je me suis pris une rouste. Aussi ne lui ai-je plus jamais fait de remarque quand à sa manière de tenir l’établissement. 
Lorsque je passe la tête dans l’embrasure pour jeter un coup d’œil dans la ruelle, mon cœur bat à tout rompre. J’ai l’impression que toute l’auberge peut l’entendre. Le pavé sale est désert. Aucune trace de mon inconnu. Je me risque dehors, avance prudemment jusqu’au croisement. Personne à gauche. Mais lorsque je tourne la tête à droite, j’aperçois une silhouette qui s’éloigne le long de la ruelle. J’ai une dernière hésitation : la suivre ? Cela peut être dangereux. Mais pourquoi venir jusqu’ici si c’est pour abandonner la filature ? Ma curiosité l’emporte sur la prudence qui, avouons-le, me fait souvent défaut. Je me coule contre les maisons de pierre sale et je me mets à la poursuite de l’ombre, rasant les murs. J’essaye d’être discret, j’éteins ma chandelle et la mets dans ma poche. Je porte soudain mon regard vers les pavés irrégulièrement taillés. Et si je trébuchais ? Je jette un œil devant moi. Si cet inconnu, qui qu’il soit, me surprend, je préfèrerais être tout, mais pas Gadjil Stark. 

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Lumen : Intermède.

Posté par Moon le 4 février 2012

Le sang que tu as versé souille à nouveau Son sol, comme une tache impure viendrait détruire la perfection d’un divin tissu. 
A nouveau, Lumen, tu as détruit en quelques instants ce que Mère Nature mit des années à créer. Ta lame perfide, éternelle ennemie de la Création, a encore déchiré l’air, semant la désolation là où elle faisait mouche. Peut-être te défendras-tu en prétendant que ces créatures qui jonchent à présent le sol, semblant simplement endormies jusqu’au moment où l’on aperçoit le sol rouge, boueux, on tenté elles aussi de te tuer. Mais toi, au lieu de fuir ainsi que l’aurait fait un véritable enfant de la Nature, tel ton compagnon écureuil, toi, tu as tué pour survivre. Est-ce pour cela qu’Elle vous a doté, vous autres elfes, d’intelligence et de raison ? 
Cet avantage que vous possédez, au lieu de le transformer en compassion, en compréhension, vous l’usez pour annihiler, fabriquant arme sur arme, tuant hyène sur hyène. Oubliez-vous, misérables, que ce sont vos frères, vos soeurs ? Les enfants de la Nature, au même titre que vous ?
Vous vous prétendez proches d’Elle, mais vous ne comprenez rien. Ni l’essence profonde du monde, ni les desseins de la Nature. 
Sais-tu seulement ce que c’est que de créer un monde, Lumen ? Vois-tu seulement ce que cela exige ? Et toi, stupide créature, tu détruis tout, comme un chien renverse le château de cartes que son maître a minutieusement assemblé. Aujourd’hui ce sont des hyènes, mais que tueras-tu demain ? Le monde lui-même, peut-être. 

L’intelligence que Mère Nature a donné aux elfes, aux humains, aux nains est malsaine. Vous vous retournez constamment contre votre Créatrice, et vous serez toujours ainsi. Il n’y a rien à faire pour vous. 
Le cadeau qu’Elle vous a fait La détruira.

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Lumen : L’attaque.

Posté par Moon le 4 février 2012

Nous les suivons depuis trois lunes. Ombres noires et furtives entre les arbres, visibles un instant sous la pâle lueur des ténèbres. Disparues l’instant suivant. 
L’elfe ne nous a pas remarqué. Seul l’écureuil s’agite. Il nous sent. 
Nous n’attendons plus que l’attaque. Mais quand viendra-t-elle ? Pas une seule occasion ne s’est profilée. Trois nuits que nous guettons. Mais notre ennemie est là, toujours prête à frapper. Drapée dans la robe de cuir que forme son fourreau usé, l’épée nous tient à distance. Eternelle frayeur, éclat d’argent dans la nuit qui nous empêche d’approcher aussi sûrement qu’un cercle de flammes. Sa garde rutilante semble nous observer d’un œil froid, alerte. Elle est toujours prête à surgir. A nous déchirer. 

Toujours rien. Cette nuit sera la cinquième lune que nous verrons passer sans avoir pu les attaquer. L’impatience nous gagne. La faim fait disparaître le souvenir de l’épée. Elle nous pousse à nous approcher, jusqu’à apercevoir à nouveau l’éclat argenté, couleur de lune. La mémoire nous revient alors. Nous bloque à nouveau. Nous pousse à nous dissimuler sous le couvert des arbres, tels des nouveaux-nés effrayés par le monde extérieur. Nous frustre un peu plus chaque soir. 

Nous ne tiendrons plus très longtemps. Dès que la nuit tombe, les grognements s’élèvent. Nos estomacs vides font constamment entendre leurs cris. Cela devient insupportable. L’effet dissuasif de la lame faiblit. 
La faim nous aveugle. 

Nous donnons l’assaut, malgré les sens en alerte de l’elfe, malgré l’épée qui sort de son fourreau dès que nous pénétrons dans la clairière. La peur a disparu. Nous ne voyons plus rien, rien d’autre que la chair tendre, seul remède à l’effroyable mal qui nous tord les entrailles. 
Je cours mais je ne sens plus rien. Ni mes pattes foulant le sol meuble, ni l’odeur du sang de mes compagnons, qui déjà chutent sous la froide morsure de la lame. Droit au but. Je ne pense plus à rien, rien qu’à me nourrir, délaissant les miens à mon seul profit. J’y suis presque, je bondis ; je crois déjà sentir le sang chaud couler dans ma gorge, fuyant de la plaie rougeoyante que j’aurai ouvert dans son frêle cou. Mais la réalité me rattrape cruellement lorsque l’épée pénètre ma chair, métal froid ouvrant une blessure brûlante dans mon flanc amaigri. Je tente de lutter, mais je chute déjà, c’est la fin, je le sais. 
Je crois distinguer d’autres morts, dans la noirceur de la nuit. La pâle lueur de la lune faiblit, comme recouverte d’un céleste voile de nuages. Les ténèbres m’enveloppent, bientôt, le noir est total. Et je sens Dame la Mort, drapée dans son linceul de désespoir, qui vient me chercher. 
Dans mes dernières pensées, je prie pour que mon âme torturée obtienne le droit, l’honneur de se réincarner sous une autre forme que celle que je vais quitter. Mais alors que les doigts squelettiques se tendent pour saisir mon esprit, je sais. Je sais que je resterai à jamais, tel un cycle infernal, la créature à la fois noble et repoussante que je suis. Car elle est mon essence, ma vie. Ce que je suis, ce que j’ai été et ce que je serai. 
Hyène. 

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Il y a un commencement à tout…

Posté par Moon le 4 février 2012

Ca y est. C’est enfin arrivé. Depuis plusieurs mois déjà, elle avait le ventre rond, la démarche incertaine. Elle ne sortait presque plus, elle avait pris de nouvelles habitudes. Parfois, le soir, ils s’asseyaient tous ensemble dans la grande pièce et posaient leurs mains sur ce ventre, un sourire béat sur le visage. Même le garçon. C’était le plus curieux des trois. Dans ces moments, je me mettais dans un coin de la pièce et je les observais.
Ces nouveautés présageaient forcément quelque chose. Et aujourd’hui, c’est arrivé. J’ai entendu des cris, venant de la chambre. C’était elle, allongée sur son lit. Une grande agitation a pris la maison et j’ai préféré me réfugier loin d’eux, sur le toit. Là, j’ai écouté les oiseaux : ils étaient de bonne humeur, car le soleil brillait et qu’ils avaient trouvé de quoi se nourrir pour plusieurs jours. Je n’ai pas bougé de tout le jour, et personne ne m’a cherché, ne s’est soucié de moi. Ce devait vraiment être important.
Maintenant, je vais redescendre.
Je me demande si j’ai raté quelque chose.

Il est petit, le visage rond et le regard perpétuellement étonné. Il ne cesse d’essayer de saisir tout ce qui passe. Il bave. Je crois que je ne l’aime pas.
Pourtant, tout le monde est en adoration devant lui. Hier, d’autres sont arrivés pour le voir. Parmi eux, il y en a une qui ressemble beaucoup à la mère. Sûrement une sœur.
Toujours est-il que je ne comprends pas leur admiration pour cette drôle de créature.
Les elfes sont trop compliqués pour moi.

Je crois que c’est une « elle ». Plus la petite créature grandit, plus elle ressemble à sa mère. Elle est déjà là depuis longtemps. Je ne sais pas combien. Le temps pour elle d’atteindre les premières branches de l’arbre qui se dresse près de la maison en sautant.
Elle est plus douce que les grands. Elle accepte de se promener avec moi, comme le garçon. Autrefois. Maintenant, il se promène seul. Lui a déjà dépassé les premières branches de l’arbre depuis longtemps.

Aujourd’hui, ils ont commencé à lui apprendre la musique.
J’étais à côté d’eux, dans l’herbe. J’aime quand ils jouent à l’extérieur, ils sont alors en harmonie avec les oiseaux.
Ils lui ont montré l’instrument courbe. Je crois qu’ils appellent cela une lyre. Elle a essayé, après les avoir écouté.
Elle joue bien.

Il est parti. Le garçon. Et je crois qu’il ne reviendra pas.
Ce matin, ils l’ont surpris dans le jardin. Il formait de grandes flammes de ses mains. Je n’aime pas ça, il effraye les oiseaux. Quand il use de ses capacités, plus aucun animal ne se montre. Et cela durait depuis plusieurs mois déjà. Chaque jour, à l’aube, il venait s’entraîner sous mon seul regard, certain que je ne parlerai pas. Chaque jour il formait des flammes, contrôlait l’air, amenait les eaux du ruisseau à rugir et à se soulever contre leur gré. Et chaque jour il devenait plus puissant. Une puissance malsaine. Plus rien ne bouge durant ces séances.
Cela avait commencé lorsqu’il était revenu d’un voyage à travers les immenses forêts de Lizangard. Un voyage de découverte. Quelle chose a-t-il bien pu rencontrer pour devenir ainsi ?
Toujours est-il qu’aujourd’hui, les adultes se sont levés plus tôt qu’à leur habitude et qu’ils ont vu les flammes. Cela a déclenché une colère d’une intensité que je n’avais encore jamais vu sous ce toit. Aussi intense que les flammes que le garçon créait. J’ai entendu les mots « démoniste », « corrompu », « Mal », « Loki », « méfaits ». Je ne les connais pas. Ils ne les avaient jamais prononcés auparavant. Mais je sens qu’ils ne désignent rien de bon.
J’ai grimpé sur le toit, à l’abri, comme à mon habitude. J’ai eu la surprise d’y retrouver la fille. Lumen. Je sais son nom maintenant. Je crois qu’elle a pleuré, quand son frère a tourné le dos à ses parents et est parti. Sans un mot. Sans se retourner.

Lumen s’est mise à la forge. Pour oublier son chagrin, peut-être. Pour le perdre dans les nombreuses lames auxquelles elle donne forme.
Chagrin. Disparition. Remords. Honte. Autant de mots que je ne connaissais pas avant. A présent ils sont là, ils flottent en ces lieux.
La musique ne retentit plus en ces murs. Les oiseaux chantent encore, mais ce sont des airs tristes, sans joie. Ils respirent la douleur. Je ne monte plus sur le toit.

L’eau a coulé, dans le ruisseau, depuis le départ du garçon. Beaucoup. Lumen atteint maintenant la troisième branche de l’arbre. Sans sauter. La vie a repris, les oiseaux chantent de nouveaux des airs joyeux. Parfois, tout de même, le visage des parents de Lumen reprend l’expression torturée des jours maudits qui ont suivi le départ de leur fils. Mais elle est vite chassée, remplacée par de la tendresse lorsqu’ils posent les yeux sur leur fille. Et sur ses magnifiques créations, qui s’améliorent de jour en jour.
Ils parlent de « départ », de « grande ville », d’ »apprentissage », d’« Alfheim ». Je me demande ce que cela signifie. Les elfes et leur langue ont encore tant de secrets pour moi…

Elle part demain. Pour Alfheim. Qu’est-ce ? Et surtout, où est-ce ? Je ne sais pas. J’ai seulement compris que c’est pour son « apprentissage de la forge ». Je crois comprendre qu’on va lui montrer comment il faut forger, tout comme lorsque ses parents lui ont montré comment jouer de la lyre, il y a si longtemps. 
Je ne veux pas qu’elle parte. Avec qui irai-je me promener, après son départ ? Avec qui écouterai-je les oiseaux ? De qui admirerai-je les cheveux scintillants sous le soleil de Lizangard ?
En attendant le moment déchirant où je devrai me résoudre à la voir partir, je l’observe. J’emplis ma mémoire de son image.
Elle emporte beaucoup de choses. Je n’aime pas cela. Cela signifie qu’elle ne reviendra pas avant longtemps. Très longtemps. Trop longtemps.

Ca y est. Elle est partie.
Ce matin, ses parents l’ont étouffée sous une avalanche de recommandations. Ils parlaient si vite que je n’ai presque rien compris. Puis, elle a pris ses affaires. Les a embrassés une dernière fois. Et elle s’est mise en marche, en direction d’Alfheim. Sans se retourner. De la même démarche gracieuse que son frère, en ce jour honni. Je n’ai pas pu. Je n’ai pas voulu. Pas une deuxième fois.
J’ai bondit à sa suite. Regard étonné des parents. Sourire de Lumen.
Elle est partie. Avec moi.

Alfheim est immense ! Je crois qu’on appelle cela une ville, si j’en crois les parents de Lumen. Des elfes partout. Des bâtiments partout. Tant de choses à voir. A sentir. A entendre. Et, parfois, à toucher ou à goûter.
Tant de choses à découvrir.

Je ne l’aime pas.
C’est notre première visite chez le maître forgeron. Il a refusé que je reste à l’intérieur, malgré la demande de Lumen. Je suis dans le froid, je l’attends. Il pleut. J’aimerai tant être près des flammes du foyer !
Je ne l’aime vraiment pas.

Quelle vie, à Alfheim ! Fatigante, mais merveilleuse. Du moins pour moi. Chaque matin, il faut se réveiller avant l’aube. Se préparer dans la petite chambrette que nous prête le maître. Elle sent mauvais. Cela agresse mon odorat et m’empêche de dormir la nuit.
Une fois prête, Lumen descend à la forge pour la journée. Quant à moi, je m’échappe. Je me promène à travers la ville encore endormie. J’ai les avenues vides rien que pour moi. Je peux courir librement sur les pavés blancs. Bondir. Grimper. Vivre.
Puis vient l’aube. Les elfes se lèvent et viennent envahir mes rues. Je me réfugie alors sur les toits argentés. Je fais la course avec les animaux errants. Je saute de toit en toit. J’escalade, je monte, toujours plus haut. Jusqu’à pouvoir voir tout Alfheim et la forêt environnante. Jusqu’à me trouver sur le toit du monde.

Combien de temps a passé ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai l’impression d’être ici depuis toujours. Pourtant les souvenirs de la maison et de la forêt sont là, flottant dans mon esprit. Les oiseaux me manquent. Ceux d’Alfheim ne chantent pas les mêmes airs.
Les courses folles ne me distraient plus. Je veux le toit familier de ce que j’appelle a présent mon foyer.
Je veux rentrer. 

Nous repartons. Mais pas pour notre foyer.
Le maître souhaite que Lumen aille apprendre auprès d’autres forgerons. Du moins c’est ce que j’ai compris. J’ai encore du mal avec la langue elfique. Toujours est-il qu’elle rassemble ses maigres possessions et se tient prête à partir demain, aux aurores. Vers où ? Excellente question.
Je crois qu’elle-même ne le sait pas vraiment.

La nuit tombe. Les rayons du crépuscule donnent aux toits d’argent des reflets de feu, magnifiques ornements voués à disparaître avec le soleil. Au loin, quelques oiseaux planent une dernière fois dans le ciel avant de rejoindre leurs nids. Dans les arbres, les plus tardifs lancent leurs dernières notes de la journée. Les animaux errants cessent leurs courses folles sur les toits. Dans les rues, les elfes rentrent lentement chez eux. Tout s’éteint avec le jour.
Je fais mon adieu à la ville.

La ville s’efface lentement derrière nous, sans que nous puissions réellement nous en apercevoir tant la frontière entre Alfheim et la forêt est ténue. Je vois les hautes tours du palais royal s’effacer derrière nous, et je me demande vers où Lumen nous conduit. 
En apercevant le regard que je jette vers la ville, elle sourit. 
« Serais-tu devenu citadin ? Toi alors, tu es vraiment étrange, pour un écureuil. »

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Ouverture du blog.

Posté par Moon le 4 février 2012

Bonjour et bienvenue sur mon modeste blog.

Je crée mes Feuillets pour publier mes différents écrits, et récolter des avis dans le but de les améliorer. Tout commentaire constructif est le bienvenu !

Pour l’instant, il y a deux types de textes : ceux classés dans la catégorie intitulée « Lumen », qui suivent la progression d’une jeune elfe sylvaine, Lumen, accompagnée dans ses voyages par Solis, son inséparable écureuil. Enfin, une sorte d’écureuil.

Voici un petit résumé de son histoire, parce qu’à la base, c’était un personnage de RP (j’apporterai quelques précisions en ce qui concerne le monde dans lequel elle vit, si vous avez encore des questions sur le contexte, vous pouvez me demander ou aller voir sur le forum d’origine, Final Harmony : Chroniques d’Yggdrasil) :

Lumen vit dans un monde médiéval-fantastique. Les dieux y sont ceux de la mythologie nordique (Odin, Thor, Loki, etc). Dans ce monde, nommé Yggdrasil, se côtoient elfes, nains, humains et vampires, pour ne citer que les races les plus connues. Les elfes vivent dans la forêt d’Aranwë, sur la terre de Lyzangard (leur capitale est Alfheim), et portent pour la plupart un profond mépris aux autres races, qu’ils jugent inférieurs.

Les humains vivent dans le royaume de Midgard sont gouvernés par Cid II, monarque résidant dans la capitale, Mannheim. Les vampires ont pour territoire Novigard, avec Nilfheim pour capitale. Enfin, les nains habitent les vallées d’Utgard et ont Svartalheim pour capitale (avis aux FHiens : pardonnez-moi si j’ai fait des erreurs !).

En résumé, Lumen a grandi à l’écart des villes elfiques, dans les forêts. Elle est apprentie forgeronne, et est partie 20 ans à Alfheim pour apprendre auprès d’un elfe réputé. A présent, elle voyage, à la recherche de nouvelles connaissances.

 

 

Le deuxième type de textes a pour personnages principaux Fahd et Tidus ; pour eux, pas besoin d’explications particulières, tout vient au fur et à mesure du texte !

Je ne vois pas vraiment quoi vous dire d’autre pour ce premier « article ». Les premiers textes suivent, ce sera nettement plus intéressant !

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